La bataille de Montmartre

La bataille des sous-sols parisiens se gagnera-t-elle à Montmartre, sur cette dent malade, creuse et branlante, haute de 126 mètres? Christophe Careshe, député et adjoint au maire du XVIIIe chargé de l'urbanisme, le croit. En tout cas, les habitants de l'arrondissement devront se prononcer d'ici à la fin de juillet sur un nouveau plan d'occupation des sols (POS) propre à la plus haute butte de Paris.
Certaines de ses dispositions devraient donner du grain à moudre à tous ceux qui, à Paris, se battent pour un urbanisme plus léger. Plus respectueux aussi de son impact sur le voisinage. La ville de Paris a, ainsi, abandonné l'obligation de construire des parkings sous des bâtiments neufs. Par ailleurs, tout permis de construire devra recueillir l'avis d'un architecte des Bâtiments de France et d'un membre de l'Inspection générale des carrières. Leurs prescriptions en matière de fondations ou de consolidations seront portées à la connaissance des riverains, qui pourront également exiger de fournir les éléments d'information sur leur réalisation.

Danièle Pélissier, présidente de l'Association de défense de Montmartre, y voit le fruit de plusieurs années de combat. Ici, sur ce haut lieu des grandes carrières de gypse et de la production de plâtre, le sous-sol est un souci récurrent. Malgré l'opposition virulente des commerçants de la place du Tertre, l'association de Danièle Pélissier avait ainsi réclamé - et obtenu - l'interdiction de stationnement des cars de tourisme au sommet de la butte. Motif: le risque de tassement des terrains sous les vibrations des véhicules.

Depuis dix ans, les projets de parkings, comme celui de l'avenue Junot en 1990 ou les quatre niveaux initialement prévus sous le théâtre des Abbesses, ont mobilisé les énergies. Sans parler de la levée de boucliers à la simple idée que l'on puisse creuser sous le Maquis, un coin historique du vieux Montmartre classé par l'Etat.

Pas touche à la butte! Depuis 1980, les initiés n'ignorent rien de sa fragilité. Vingt ans après, le rapport de 61 pages du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) reste d'actualité. Les conclusions de cette étude unique sur le sous-sol parisien sont éloquentes. Elles dénoncent, en vrac, "la présence d'éléments géologiques défavorables (masses de gypse avec poches de dissolution, nappe perchée, absence de couches résistantes pour arrêter la montée des fontis) et d'éléments anthropiques mal connus (anciennes carrières, remblais argileux hétérogènes, immeubles anciens mal fondés)". La totale.

Pas étonnant, alors, que les incidents soient courants sur la butte. Plus ou moins importants. Le 24 décembre 1998, au 44 de la rue des Trois-Frères, un éboulement souterrain entraîne un geyser et l'évacuation des habitants. Un an auparavant, le 32 de la rue Feutrier avait été déclaré immeuble en péril, et le 34 avait dû consolider ses fondations. Là haut, tout est plus difficile. Ainsi, le promoteur qui voulait aménager le 3 bis, rue d'Orchampt a bataillé pendant dix ans jusque devant le tribunal administratif pour obtenir son permis de construire.

Danièle Pélissier, elle, serait pour ne rien toucher à son Montmartre chéri. Jamais. Christophe Careshe pense que le nouveau POS permettra de trouver un équilibre. Nul doute que le prix du mètre carré, déjà particulièrement élevé dans cette zone, ne s'en ressente. Rue Burq, le projet de transformation d'un ancien hôtel acheté par la ville de Paris a longtemps buté sur son coût de consolidation: 3 millions de francs. "A Montmartre, les prescriptions sont importantes parce qu'elles doivent prendre en compte non seulement l'endroit précis où il y a des risques, mais également l'ensemble des bâtiments voisins", explique Christophe Careshe.

Le député n'a pas renoncé à implanter un observatoire du sous-sol montmartrois avec l'aide du BRGM. Une pierre de taille dans le jardin de l'Inspection générale des carrières.



Georges Dupuys, publié dans l'express le 17/06/1999


Posté par ADDM18 le 28 mars 2013

Classé dans : Urbanisme - Mots clés : carrières, POS -