Occupation de l’espace public de la place des Abbesses


  1. La place des Abbesses


    La place des Abbesses, à Montmartre, est le cœur et le principal carrefour du quartier des Abbesses, ouvert à de nombreuses rues : la rue des Abbesses, la rue La Vieuville, la rue Yvonne le Tac, la rue André Antoine, le passage des Abbesses, la rue Ravignan, la rue Durantin.

    Elle est de forme triangulaire, bordée au sud par la rue des Abbesses, au nord par la rue La Vieuville et le square Jehan Rictus, et prolongée (un peu en forme de queue de casserole) par une partie plus étroite vers les rues Durantin et Ravignan.

    Elle contient deux monuments protégés :

    • d’abord l’entrée de métro de style Art Nouveau signée Hector Guimard. Il s’agit d’un édicule à escalier abrité par un auvent et une marquise en verre avec quatre piliers aux coins de la trémie soutenant l'ensemble. Avec celui de la station Porte Dauphine, c'est le seul de type couvert d'origine qui subsiste encore. Il est classé par arrêté du 29 mai 1978.

    • Ensuite, l’église Saint-Jean de Montmartre, sensiblement contemporaine, puisque terminée en 1904 par Anatole de Baudot dans le même esprit Art Nouveau. Première église dans l’histoire de l’architecture à être construite en ciment armé, orné d’un revêtement de briques et de céramiques, elle est mondialement célèbre. Elle est inscrite au titre des Monuments historiques le 15 mars 1966.

    • Une fontaine Wallace (1900) et une colonne Morris de même style et de même date (démontée depuis une dizaine d’années) constituaient avec les deux monuments qui précèdent un décor historiquement et artistiquement cohérent, qu’est venu compléter, il y a quelques mois, un kiosque à journaux de type 1900.


  2. Le manège


    Depuis une dizaine d’années est venu s’installer sur cette place un manège flanqué depuis trois ans d’une guérite de vente de crêpes, gaufres et boissons, qui occupe environ un tiers de la surface du terre-plein triangulaire principal (cf photo aérienne)

    Le manège, installé de façon d’abord intermittente, occupe désormais la place tout au long de l’année, à la demande, semble-t-il, de la mairie (cf texte ci-après). Il a reçu, il y a trois ans environ, une nouvelle décoration autour du thème des « poulbots de Montmartre », notamment sur les panneaux de la boutique de vente.


  3. Les démarches de l’ADDM18


    L’association, qui ne s’oppose pas au principe d’un manège sur la place – mais qui le souhaite plus petit, de décoration plus discrète, et non permanent – est soutenue sur ce dossier par de nombreux riverains de la place. Souhaitant une concertation entre les habitants et les exploitants du manège, l’ADDM18 s’est adressée à la mairie du 18ème arrondissement. Elle en a obtenu plusieurs informations, notamment concernant le bail accordé par la Ville au propriétaire du manège, ainsi que la tenue, au mois de novembre dernier, d’une réunion à la mairie entre les parties prenantes, dont voici le compte-rendu :


    LA PLACE DES ABBESSES ET L’UTILISATION COMMERCIALE DE L’ESPACE PUBLIC

    COMPTE-RENDU DE RÉUNION


    Cette réunion a eu lieu le 30 novembre 2012 à 16h à la mairie du 18ème, salle Poulbot.

    Participants :

    • Mme Afaf Gabelotaud, Adjointe au Maire du 18ème arrondissement de Paris, chargée du commerce, de l'artisanat et du développement économique

    • Mme Nadège Dupont, chargée de mission Développement économique, Commerce, Artisanat, Insertion, Economie Sociale et Solidaire, Emploi

    • M. et Mme Harfouche, propriétaires du manège de la Place des Abbesses

    • M. Marcel Campion

    • Mme Sylvie Fourmond, propriétaire de la boulangerie Le Coquelicot et présidente de l’Association des Commerçants du quartier Lepic-Abbesses

    • Mme Danièle Pélissier, présidente de l’ADDM18

    • Mme Béatrice Dunner, secrétaire générale de l’ADDM18


    L’objet de la réunion

    La réunion, qui a été présidée par Mme A. Gabelotaud, avait pour but un échange de vues entre partisans et parties prenantes du manège, d’une part, et l’ADDM18, représentant l’opposition au maintien permanent de ce manège, d’autre part.


    Le contexte

    Ledit manège, après avoir fonctionné place des Abbesses de façon intermittente, s’y trouve désormais en permanence depuis une dizaine d’années, à la demande de C. Caresche et de la Mairie du 18ème, qui à l’époque ont vu dans cette installation une manière de lutter efficacement contre les agissements des dealers, des bandes de jeunes et des pickpockets. M. Harfouche précise que depuis cette installation permanente sur la place, il y exploite un manège différent, un peu moins grand que le précédent.

    Il y a deux ans et demi environ, le manège actuel a reçu une nouvelle décoration autour du thème des « poulbots », en couleurs très vives, particulièrement visibles sur la guérite de vente de crêpes et de gaufres qui prolonge désormais l’installation.


    Le débat

    M. Harfouche fait valoir que son manège est très apprécié des enfants du quartier, qui le préfèrent à celui installé place Saint-Pierre, au bas des jardins du Sacré-Cœur ; qu’il représente pour ces enfants, pour leurs parents, et même pour les occupants de la maison de retraite située sur la place, un lieu d’accueil et de convivialité ; et que, lorsque les parents ont des revenus trop modestes pour gâter leurs enfants comme ils le souhaiteraient, il n’hésite jamais à offrir une crêpe ou une gaufre à ses jeunes clients.

    L’ADDM explique pour sa part que la place des Abbesses, dont la superficie est restreinte, ne peut plus jouer son rôle de carrefour et d’espace de circulation du quartier, du fait de l’occupation permanente d’un tiers de sa surface par le manège et la boutique attenante, auxquels viennent s’ajouter, de façon saisonnière, les stands du marché de Noël (c’est le cas en ce moment même), ou des brocantes, ou des ventes de spécialités régionales, etc, etc. Elle ajoute que cette occupation de la place est très symbolique de la dérive commerciale qui caractérise désormais Montmartre et de l’exploitation accrue de l’espace public par des intérêts commerciaux.

    L’ADDM18 déplore également la décoration du manège et ses couleurs criardes, qui lui paraissent d’autant plus regrettables qu’elles s’insèrent entre la station de métro de Guimard et l’église d’A. de Baudot, deux architectures inscrites au titre des Monuments historiques (depuis 1978 et 1966 respectivement), et, de façon plus générale, dans un périmètre dit « protégé ».

    Mme Fourmond lui oppose que les « poulbots » plaisent aux enfants, que c’est là l’essentiel et qu’en outre, il n’y a rien de plus « montmartrois ». L’ADDM essaye d’expliquer, mais en vain, que ces « poulbots » n’ont pas grand-chose à voir avec le dessinateur de ce nom, ni avec l’esprit de Montmartre.

    Sur une remarque de Danièle Pélissier, présidente de l’ADDM18, qui regrette l’absence de concertation quant à la décoration du manège, M. Harfouche précise qu’avant d’entreprendre ces travaux, il a consulté ses clients, ainsi que les pensionnaires de la maison de retraite, et le curé de Saint-Jean de Montmartre qui apparemment, n’ont rien trouvé à y redire. Le manège aurait pu être décoré de petits Mickeys, mais il a jugé que les poulbots convenaient mieux au quartier.

    Mme Fourmond et M. Harfouche font également savoir qu’ils sont porteurs d’une pétition en faveur du maintien du manège, signée par 1500 personnes, et qu’à leurs yeux, les arguments de l’ADDM18, (et des riverains mécontents de la présence du manège que l’association représente), étant le fait d’une minorité, n’ont ni poids ni légitimité. Ils se plaignent en outre de ce que l’ADDM18 favorise une campagne de presse contre le manège, notamment dans les colonnes du 18ème du mois, ce que les deux représentantes présentes de l’association récusent très fermement.

    M. Marcel Campion quitte à ce moment-là la réunion, considérant que cet échange de vues est inutile et lui fait perdre son temps.


    Les conclusions

    Mme Gabelotaud, ayant laissé jusque-là les deux parties s’exprimer, prend la parole pour faire le point de la situation.

    • Elle rappelle que le départ du manège n’est pas envisagé par la Mairie. Mais étant donné qu’il occupe l’espace public, il importe de tenir compte des voix, nombreuses, qui se sont élevées contre son installation sur la place.

    • Elle demande à M. Harfouche de prévoir à terme une réduction de la surface du débit de boissons et de gaufres, et de réfléchir à une autre décoration du manège et de la boutique M. Harfouche fait valoir que les décorations ont été peintes il y a deux ans et demi, et qu’il est encore en train de les payer. Mme Gabelotaud lui fait observer qu’on ne lui met pas le couteau sous la gorge, mais qu’il lui faudra nécessairement faire quelque chose dans ce sens, puisque l’espace qu’il occupe est un espace public.

    • Pour faciliter la recherche d’une solution, Mme Gabelotaud propose de s’en remettre à l’avis de professionnels autorisés et compétents, et donc de constituer à bref délai un comité technique où siègeraient des représentants des Bâtiments de France, dont le mandat inclut précisément la gestion des espaces protégés (comme c’est le cas de Montmartre).

    • Elle annonce par ailleurs que la commission créée par la mairie du 18ème pour statuer sur les demandes d’utilisation de l’espace public à des fins commerciales se réunira pour la première fois le 14 décembre prochain. Les séances de cette commission ne seront pas publiques, mais les résultats seront portés à la connaissance de tous les intéressés par des moyens qui restent à définir.

    La séance est levée à 18h 30.


  4. Les objectifs visés par l’ADDM18


    • Une occupation non continue de la place (par exemple, pendant les périodes de vacances scolaires seulement)

    • L’installation d’un manège de taille plus réduite

    • La modification de la décoration « poulbots »

    • La disparition de la boutique de vente (ou son remplacement par une guérite de taille bien moindre)


    Aucun résultat n’a été obtenu jusqu’ici.

    Malgré plusieurs relances de la part de l’ADDM18, les propositions formulées par Mme Gabelotaud au terme de la réunion de novembre 2012 n’ont été suivies d’aucun effet à ce jour.


le 28 mars 2013

Classé dans : Cadre de vie - Mots clés : Place des Abbesses

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